Benjam’s Conférences : Typhaine GUILLEMOT

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Logo site   Samedi 21 novembre 2015, par Jean-Jacques PELLEGRINI


Tiphaine Guillemot est doctorante au Laboratoire Chrono-Environnement de l’Université de Franche-Comté et ancienne élève du lycée B Franklin


Thème : Etudier les interactions Climat/Hommes passées pour mieux comprendre et prédire les effets du réchauffement climatique actuel sur les sociétés humaines : un exemple au sud du Groenland

little kangerluluupParmi les régions du monde les plus affectées par le changement global en cours, l’Arctique est sans doute l’un des secteurs géographiques qui connait les plus importantes mutations à l’échelle planétaire. L’élévation des températures atmosphériques depuis 1920, et surtout depuis les années 80, y entraîne, entre autres effets, une réduction de l’étendue et de l’épaisseur des glaces de mer, un bilan de masse négatif des glaciers continentaux et une modification de la dynamique des courants marins. Au Groenland en particulier, le vaste inlandsis ( calotte polaire) qui couvre plus des 9/10e du territoire est en réduction (Khan et al., 2014) et la plupart des glaciers qui s’écoulent de la calotte glaciaire sont en recul.

Les écosystèmes littoraux, entre la glace et l’océan, connaissent des mutations tout aussi spectaculaires : accroissement de la saison végétative, migration des faunes, développement inhabituel de taxons végétaux ou d’insectes. La toundra arctique se transforme rapidement. Dans ce contexte, les populations de l’Arctique, dont la vie et le développement sont conditionnés par une relation et une dépendance au milieu naturel beaucoup plus étroite que dans nos sociétés technologiques, subissent des contraintes nouvelles. Cette situation est-elle inédite dans l’histoire du peuplement de l’Arctique ? Peut-on évaluer l’ampleur des mutations dans un cadre temporel de moyen ou long terme ? Comment abonder les modèles prédictifs pour anticiper les changements et conséquences à venir ?

Lac Igaliku sujet d'étude

Quelques éléments de réponse à ces questions complexes peuvent être abordés par une démarche de rétro-observation des changements climatiques passés et de leurs incidences sur la relation homme-environnement. Au Groenland en particulier, les deux derniers millénaires ont été marqués par des variations climatiques remarquables et incidentes sur les écosystèmes et les populations. Au premier millénaire de notre ère, le Groenland est occupé par des chasseurs-cueilleurs Inuits dont la dispersion territoriale est étroitement dépendante des changements climatiques et de la migration des faunes marines et terrestres. En l’an 986, à la faveur de l’amélioration climatique médiévale, la côte sud-ouest est colonisée par les vikings qui importent sur ce territoire un modèle de société agro-pastorale sédentaire structurée autour de trois « établissements » répartis entre 60 et 65°N.

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Cathédrale Viking près du lac

L’économie de la communauté est prioritairement axée sur l’élevage ovin, bien adapté à ce territoire rude. Elle se complète de la pêche et de la chasse qui contribuent substantiellement aux besoins de la population. Pour autant, ce modèle de peuplement résiste mal aux péjorations climatiques de l’Arctique et la récurrence climatique froide du « Petit Age Glaciaire » (PAG), qui intervient dès le XIVe siècle, entraîne la disparition de la colonie viking groenlandaise au cours de la seconde moitié du XVe siècle. Avant la fin du XVe siècle, le territoire sud groenlandais est rendu, pour plus de quatre siècles, à sa dimension naturelle et aux passages des chasseurs-cueilleurs Inuits. Le renouveau agricole intervient vers 1920 à la faveur des prémices du réchauffement climatique actuel.

La réintroduction de l’élevage de moutons sur les territoires occupés antérieurement par les colons vikings, amorce en effet la seconde phase agricole groenlandaise. Une phase en croissance qui se poursuit aujourd’hui avec l’essor d’une agriculture mécanisée moderne, bien déterminée à profiter économiquement des bénéfices du réchauffement en cours. A travers son histoire, le Groenland apparaît donc comme un modèle explicite et un terrain d’étude privilégié des relations entre l’homme et le climat . C’est dans cette perspective d’étude, et plus particulièrement à la caractérisation environnementale des emprises et déprises anthropiques successives en lien avec les changements climatiques, que s’attache un programme de recherche réalisé au sein du laboratoire Chrono-environnement de l’Université de Franche-Comté depuis 2006. La démarche de rétro-observation paléo-environnementale de la période historique est fondée sur l’étude des sédiments des lacs qui constituent une mémoire continue et sensible des changements environnementaux. Igaliku
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Sur les traces d’Eric Le Rouge



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